L’Almanach international
Parce que chaque jour est important quelque part dans le monde
23 janvier : la première et éphémère République des Philippines
Cette journée commémore la première république des Philippines qui se croyaient indépendantes. Ce régime n’a duré que quelques mois (1899-1901), occupés à tenter de repousser l’invasion états-unienne qui lui sera fatale.
Le Jour de la Première République des Philippines (Araw ng Unang Republika ng Pilipinas) n’est pas un jour férié, mais une commémoration officielle, instaurée récemment, en souvenir de l’entrée en vigueur de la Constitution de Malolos, le 23 janvier 1899. Elle fondait le premier régime républicain dans l’archipel, lequel venait d’échapper à trois siècles et demi de colonisation espagnole.
Conduite par Andrés Bonifacio, une révolution populaire contre l'Empire espagnol avait permis une déclaration d’indépendance, le 12 juin 1898. Plusieurs gouvernements révolutionnaires se sont succédé jusqu’à cette première république instaurée le 23 janvier 1899. Malheureusement l’Espagne vaincue par les États-Unis leur avait cédé les Philippines (traité de Paris, 1898) dans le dos des Philippins qui croyaient pourtant avoir gagné leur indépendance. Les Philippines tentèrent de résister militairement, déclarant la guerre à Washington, le 4 février 1899. Peine perdue de colonie espagnole, elles devenaient une colonie états-unienne pour un demi-siècle. Victime d’un nouvel impérialisme, la première république philippine, présidée par le général Aguinaldo, cessera officiellement d'exister le 1er avril 1901. L’indépendance, la vraie, ne sera obtenue qu’en 1946.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 23 janvier 2025
(source : OCD, Manille)
23 janvier : le jour de l’abolition de l’esclavage en Tunisie
La Tunisie est fière d’avoir été l’un des tout premiers pays au monde à avoir aboli l’esclavage, elle l’a fait le 23 janvier 1846 par un décret d’Ahmed Bey. Mais ce jour férié, créé en 2019, demeure très discret dans la Tunisie de Kaïs Saïed, dont les discours aux relents racistes envers les migrants africains, ne facilitent pas l’insertion sociale des Tunisiens descendants d’esclaves africains, toujours stigmatisés par leur couleur de peau ou leurs patronymes.
La Tunisie est fière d’avoir été l’un des tout premiers pays au monde à avoir aboli l’esclavage, elle l’a fait en 1846 soit deux ans avant la France. Seuls, Haïti, l’Argentine et le Royaume-Uni l’ont précédé. Elle est donc le premier pays arabe à avoir pris cette décision, bien avant le Maroc (1922), l’Arabie saoudite (1963) ou la Mauritanie (1981).
La commémoration, en revanche est récente et de meure discrète. C’est le 23 janvier 2019, que le président tunisien, Béji Caid Essebsi, a annoncé la création d’une Journée nationale de l'abolition de l'esclavage (اليوم الوطني لإلغاء الرق). Ce jour férié n’est pas chômé mais la célébration permet chaque année de rappeler une réalité bien occultée de la Tunisie ancienne.
Décrétée le 23 janvier 1846, par Ahmed Bey, l'abolition de l'esclavage avait toutefois été précédée par une interdiction de vente d'esclaves dès 1841 et de la décision, en 1842, que tout enfant né à Tunis, était libre.
Les esclaves, comme ceux qui ont été déportés en Amérique où aux Antilles par les Européens, provenaient principalement de la traite africaine qui arrivait en Tunisie par le Sahara. Jusqu’en 1841, la Tunisie recevait un millier d’esclaves noirs chaque année, ils étaient appelés les Abid ou les Chouchen. Il y avait aussi des esclaves berbères, les Akli, provenant des razzias entre tribus, ainsi que des esclaves européens, capturés lors de raids sur les côtes méditerranéennes ou les prises de navires marchands, c’était les Mamelouk. Ces derniers représentaient 10 à 20% des captifs selon les époques. Certains ont eu des destinées singulières. La propre mère d’Ahmed Bey, le souverain qui a aboli l’esclavage, était une esclave sarde.
En Tunisie, il en reste des stigmates et des non-dits : aujourd’hui encore des enfants naissent avec les termes atig (affranchi) ou chouchane (« esclave ») accolés à leur nom. Une véritable stigmatisation dans un pays où les Tunisiens noirs ont encore du mal à trouver leur place, surtout depuis que Kaïs Saïed, le très autoritaire président actuel, par ses discours aux relents racistes, a lancé la chasse aux immigrés africains à qui l’Europe a fermé ses portes.
Les autorités tunisiennes veulent se débarrasser des migrants africains. Mais certains profitent de leur précarité soudaine en Tunisie pour les asservir. On assiste à un retour d’une forme d’esclavage encore courante dans les pays du Golfe : des femmes migrantes subsahariennes, à qui on a confisqué le passeport, sont aujourd’hui employées comme domestiques, contre leur gré et sans salaire.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 22 janvier 2024
Timbre-poste émis en 2021 pour commémorer l’abolition du 23 janvier 1846
23 janvier : la Journée « mondiale » de la liberté
Une date qui n’a rien de mondiale, quant à la défense des libertés et de la démocratie, on est loin du compte. La date, toutefois, est célébrée à Taïwan chaque année.
En 1953, la guerre de Corée s’achevait par un simple armistice. Quelques mois plus tard, on libérait les prisonniers de guerre retenus par chaque camp. La Chine communiste avait appuyé la Corée du Nord contre le Sud, au côté duquel tout le camp occidental, États-Unis en tête, s’était engagé. Les prisonniers devaient retrouver leur pays d’origine or quelques milliers de Chinois choisirent de s’embarquer pour l’île de Formose (ancien nom de Taïwan) et non pour la Chine continentale aux mains des communistes depuis 1949. Le 23 janvier 1954, ils étaient plus de 14000 à débarquer dans le port de Keelung, au sud de l’île rebelle, qualifié à l’époque de « Chine libre ». Ils ont aussitôt été désignés comme des « martyrs du communisme ». C’est cet événement symbolique de la guerre froide qui est commémoré aujourd’hui sous le nom de « Journée 123 de la liberté » (1 pour janvier, 23 pour le jour).
La même année, des représentants de Taïwan, des Philippines et de la Corée du Sud fondaient l'Asian People's Anticommunist League (APACL). Ensuite, l'organisation a été rebaptisée Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie (WLFD). La WLFD est une ONG internationale dédiée, en principe, à la promotion des valeurs de démocratie et de liberté. En réalité, cette organisation va, dans le contexte de la guerre froide, s’appliquer à appuyer tous les régimes dictatoriaux d’extrême droite, en particulier en Amérique latine ou en Asie, perçus comme les champions de l’anticommunisme. C’est la section taïwanaise de l'APACL, en 1993, qui a rebaptisé le 23 janvier en Journée mondiale de la liberté (世界自由日). Taïwan, longtemps dominé par l’extrême droite nationaliste chinoise, est devenu une authentique démocratie. C’est d’ailleurs, aujourd’hui, le principal grief que lui fait Pékin, à cause du mauvais exemple donné à l’ensemble du monde chinois.
Le problème, c’est que le 23 janvier, au plus fort de la guerre froide a été le rendez-vous des extrêmes droites du monde entier et qu’il est largement resté. L’événement est supervisé par la Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie (WLFD), fondée en 1966 par Tchang Kaï-chek, le chef du parti nationaliste chinois (Kuomintang) et président (autoritaire) de Taïwan, jusqu’à sa mort en 1975. La WLFD est dans les années 1990 et 2000 la seule ONG liée à Taïwan qui soit accréditée auprès de l'ONU. Même si Taïwan est aujourd’hui une démocratie et si le Pari démocrate au pouvoir n’a rien à avoir avec cette mouvance, la WLFD est toujours subventionnée par Taipeh et le président de la République de Chine (nom officiel de Taïwan) se fend d’un message de félicitation adressé à l’organisation chaque 23 Janvier, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 22 janvier 2022
23 janvier : les 300 ans du Liechtenstein
La principauté du Liechtenstein fête ses 300 ans d'existence. Des réjouissances sont prévues jusqu'en automne. Le 23 janvier 1719, l'empereur romain-germanique Charles VI élevait la petite monarchie alpine au rang de principauté.
La principauté du Liechtenstein fête aujourd’hui ses 300 ans d'existence. Des réjouissances sont prévues jusqu'en automne.
Le 23 janvier 1719, l'empereur romain-germanique Charles VI élevait la petite monarchie alpine au rang de principauté. Depuis, l'ancien comté de Vaduz et la souveraineté de Schellenberg réunis figurent sur les cartes de l'Europe sous le nom de Liechtenstein, du nom la dynastie qui y règne. Ce petit État n’est toutefois devenu indépendant qu’en 1806 grâce à Napoléon, lorsque l'empereur envahit et dissout le Saint-Empire, libérant le Liechtenstein de la tutelle des Habsbourg.
L’événement est d’importance dans cette discrète et curieuse principauté où le catholicisme est religion d’État, où les femmes ne votent que depuis… 1984, et sont d’ailleurs écartées du trône. Le prince du Liechtenstein est le seul monarque européen a disposer un réel pour voir puisqu’il doit approuver les lois et peut ne pas le faire. Même si, depuis 2013, a été introduit un pouvoir de révocation du prince, très théorique, la principauté du Liechtenstein conserve un régime semi autocratique. La fortune de la maison princière est l’une des plus riches d’Europe. Elle comporte une riche collection d’œuvres d’art (estimée à plus de 1 milliard), deux palais à Vienne, un groupe de semences aux Etats-Unis. C’est aussi l’un des plus grands propriétaires terriens en Autriche. Mais la principale source de revenue de la famille est la banque LGT (206 milliards de francs d’actifs sous gestion) dont elle est propriétaire. La maison princière ne paie bien sûr pas d’impôt.
On s’en doute, le petit pays de 38000 hab. est très prospère, son PIB par habitant est le double de celui de la Suisse, les impôts sont très faibles, en particulier pour les entreprises. Pas étonnant, car le pays vit largement aux crochets de ses voisins et de l’Europe en général. Le Liechtenstein, n’a en effet ni aéroport ni gare ferroviaire ni université… ni même de maternité ! Tous ces services leurs sont accessibles dans les pays voisins sans avoir eu besoin d’en faire l’investissement ni de les entretenir. Le Liechtenstein vit également de son statut de paradis fiscal, même si la principauté accepte depuis peu, sous la pression de Bruxelles, d’échanger des informations d’ordres financiers.
La fortune de la maison princière est l’une des plus importantes d’Europe. Elle comporte une riche collection d’œuvres d’art (estimée à plus de 1 milliard), deux palais à Vienne, la banque LGT (206 milliards de francs d’actifs sous gestion), un groupe de semences aux Etats-Unis. C’est aussi l’un des plus grands propriétaires terriens en Autriche. La maison princière est libérée de l’impôt mais supporte les coûts de la monarchie.
Ce 23 janvier, une marche commémorative rassemblant plusieurs centaines de personnes, de l'ensemble des onze communes, va cheminer de de Vaduz, la capitale à «Scheidgraben» à Schaan, qui relie les deux parties du pays nommées Unterland et Oberland, symbolisant l’union du pays. Dans la soirée, une cérémonie accueillera à Shaan la population et des représentants politiques. Le prince régnant Hans-Adam II et le prince héritier Aloïs seront de la partie, de même que le président du gouvernement Adrian Hasler et celui du parlement Albert Frick. Des invités étrangers sont conviés, comme le président de la Confédération Ueli Maurer, le chef de l'Etat autrichien Alexander Van der Bellen et le président allemand Frank-Walter Steinmeier.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 22 janvier 2019