L’Almanach international
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30 décembre : faut-il commémorer la Shoah en même temps que la destruction du temple de Jérusalem ?
Le 10 Tevet est un jour de jeûne mineur dans le calendrier hébraïque. Il commémore le début du siège de Jérusalem, par les Babyloniens, qui a finalement conduit à la destruction du Temple de Salomon mais les autorités religieuses israéliennes en ont aussi fait le jour du souvenir des victimes de la Shoah, une décision contestée.
Le dixième jour du mois hébreu de Tevet, qui tombe ce 30 décembre 2025, est un jour de jeûne mineur dans le calendrier hébraïque. Il commence à l'aube et se termine à la tombée de la nuit et commémore le début du siège babylonien de Jérusalem qui a finalement conduit à la destruction du Temple de Salomon le 9 du mois de Av.
Au VIe siècle avant J.-C., Jérusalem était la capitale de Juda, un petit royaume israélite, qui s’étendait jusqu’à Beersheba, et qui était situé au sud d’un autre royaume juif, celui d’Israël. Refusant de payer son tribut au puissant royaume de Babylone, Jérusalem a été assiégée en 597 av. J.-C. et une partie de ses élites ont été emmenées en Mésopotamie (actuel Irak). Mais voilà que le gouverneur mis en place par Nabuchodonosor II de Babylonie, se révolte. Ce dernier envoie alors l’un de ces généraux, Nebouzarradan, qui reprend la ville en 586 av. J.-C., la pille et détruit complètement le temple construit quatre siècles plus tôt par Salomon. En outre, la majeure partie de la population de Jérusalem est déportée à Babylone.
Par tradition, le jeûne du 10 Tevet (Assarah beTévet) ( עשרה בטבת ) commémore également d'autres calamités survenues tout au long de l'histoire du peuple juif les 8, 9 et 10 Tevet. C’est un 8 Tevet que Ptolémée a ordonné de traduire la Torah en grec, ce qui, selon les juifs, a ouvert la porte à toutes sortes d’interprétations jugées erronées. Enfin, deux personnages historiques importants, Esdras le Scribe et Néhémie, sont morts un 9 Tevet.
Le problème aux yeux de certains, c’est que le grand rabbinat d’Israël a proclamé, peu après l’indépendance d’Israël, le 10 Tevet « jour général du kaddish », c'est-à-dire le jour du souvenir des victimes de la Shoah dont le lieu et la date du décès sont pour la plupart inconnus. Les autorités religieuses préfèrent cette date plutôt que Yom HaShoah (le 27 Nissan), la Journée nationale du souvenir de la Shoah, instituée en 1951 par la Knesset (le parlement israélien). Elles estiment que commémorer la destruction des Juifs d’Europe à la date où les malheurs des Judéens commencent est un symbole d’espoir que ces malheurs s’achèvent.
Cette position ne fait pas du tout l’unanimité en Israël et dans la diaspora où on est très attaché à la journée de mémoire du 27 Nissan qui est aussi un hommage aux combattants du ghetto de Varsovie. Les détracteurs font remarquer que ce jeûne du 10 Tevet est un acte de repentance pour les péchés qui ont entraîné la destruction de Jérusalem. Peut-on vraiment appliquer ce raisonnement à la Shoah ? Ce serait donner raison aux rares voix qui estiment que la Shoah est une punition de Dieu, notamment pour avoir lancé le mouvement sioniste avant le retour d’un messie comme l’ont affirmé certains religieux… Yom HaShoah est une commémoration nationale particulièrement suivie, beaucoup regrettent qu’elle n’ait pas aussi une dimension religieuse.
Selon le calendrier hébraïque le 10 tevet tombe deux fois en 2025, le 10 janvier et le 30 décembre. En 2026, ce sera le 20 décembre.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 2025
La destruction du premier temps de Jérusalem (détail d’une gravure extraite de la Chronique de Nuremberg, 1483)
5 octobre : Souccot, la fête juive des cabanes
Ce soir débute la troisième grande fête de pèlerinage de la religion juive, avec Pessah (2 avril 2026) et Chavouoth (22-23 mai 2026). Si on veut respecter la coutume, durant une semaine, on va habiter et recevoir ses amis dans une cabane, à l’aspect fragile et provisoire, construite selon des règles précises. Cette cabane, la soucca, doit être reconstruite chaque année dès la fin de Yom Kippour, dans le jardin. En ville, une cabane symbolique installée sur un balcon peut suffire. Si ses murs peuvent être réalisés dans n’importe quel matériau et présenter une certaine solidité sur 3 faces au moins, son toit doit impérativement être constitué de produits issus de la terre comme des bambous, des feuillages ou des branches qui laissent passer la lumière. C’est mieux de la construire soit même, mais, en Israël, on peut en acheter en kit et même en louer pour l’occasion.
Durant 7 jours en Israël, 8 jours pour les juifs de la diaspora, la famille prend ses repas dans la soucca, y dort, si cela est possible, y passe le plus clair de son temps et y étudie la Torah si on en a le loisir. Si l’on a peut de temps l’important, pour les hommes, est d’y réciter la bénédiction. Dans les grandes ville, si l’on ne dispose ni de balcon ni de terrasse, on pourra se rendre à la synagogue où une grande soucca a été construite, au moins le soir du chabbat et les jours de fête. Sinon, on tâchera de se passer de pain pour ne manger que des fruit et légume qu’il est moins grave de consomer hors de la soukka. Les loubavitch n’y dorment pas mais sont très attachés à y prendre leurs repas. Dans certaines grandes ville (New-York, Paris, Londres...), ils proposent un service de soucca mobile (installée sur une remorque) qui se déplace selon plusieurs itinéraires. Des fruits peuvent décorer l’endroit car Souccoth est aussi une fête d’action de grâces après une année de récolte. Par temps de covid-19, ces lieux de convivialité risquent d’être plutôt mal vus cette année.
Dans les kibboutz, on en a même fait une fête champêtre où l’on danse et chante. Beaucoup de chansons populaires ont d’ailleurs été écrites pour l’occasion.
Cette fête commémore les quarante années d’errance des juifs dans le désert à leur sortie d’Égypte, raison pour laquelle on construit des huttes (des tentes) comme le prescrit le texte sacré : « vous habiterez sept jours sous des huttes… » (Lv 23, 42-43). D’un point de vue spirituel, cette fête doit être joyeuse (c’est un commandement, Dt 16, 13-14), elle est une invitation à s’en remettre à la volonté divine et à apprendre à se détacher de tout ce qui est matériel.
La date de Souccot est variable sur la calendrier grégorien : du vendredi 25 septembre au dimanche 4 octobre 2026 ; du vendredi 15 au dimanche 24 octobre 2027…
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 2025