L’Almanach international
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25 décembre : Taïwan fête Noël beaucoup plus que sa constitution
Les jeunes taïwanais sont souvent surpris d’apprendre que le 25 décembre a été longtemps un jour férié dans leur pays et qu’il ne l’est plus depuis le début du siècle en dépit des festivités qui s’y déroulent au moment de Noël. Très officiellement, c’est seulement le Jour de la Constitution.
Les jeunes taïwanais sont souvent surpris d’apprendre que le 25 décembre a été longtemps un jour férié dans leur pays et qu’il ne l’est plus depuis le début du siècle en dépit des festivités qui s’y déroule chaque années. Depuis une génération, le Noël occidental est pourtant devenu une fête incontournable à Taïwan. Chaque année, les rues de cette île subtropicale sont décorées de sapins de Noël, de pères Noël et de lumières colorées. L’odeur du vin chaud flotte dans l'air du marché de Noël de Taipeh. Dans les rues des quartiers de Pingling et Shiding de nombreux établissements proposent des soirées de Noël. Quant à Christmasland, à New Taipei, c’est un véritablement parc à thème avec des manèges pour toute la famille.
En vérité, si le 25 décembre a été férié de 1963 à 2001, cela n’a rien à voir avec Noël, mais avec la constitution adoptée à Nankin, en 1946 par la Chine et qui est entrée en vigueur, un an plus tard, le 25 décembre 1947.
Une première constitution de la République de Chine avait été adoptée en 1912 après la révolution Xinhai qui a renversé la dynastie Qing. Il s'agissait d'une constitution provisoire élaborée par le gouvernement de Sun Yat-sen. Une autre constitution, provisoire elle aussi, a été promulguée en 1931 par le gouvernement nationaliste dirigé par Tchang Kaï-chek. En 1946, l’imminence d’une guerre civile avait poussé Tchang Kaï-chek à promulguer une constitution démocratique qui mettrait fin au régime à parti unique du Kuomintang. Peine perdu puisque que les communistes vont prendre le pouvoir en 1949 et que le gouvernement de Tchang Kaï-chek se réduira à Taïwan. Cependant, dès le départ, cette constitution ne devait pas s’appliquer à Taïwan, car l’île restait sous administration militaire et elle vivra ensuite de 1947 à 1987 sous la loi martiale. Bien que la constitution prévît des élections démocratiques régulières, celles-ci n'ont pas eu lieu à Taïwan avant les années 1990.
On comprend que les Taïwanais ne soient pas très attachés à commémorer une constitution qui ne leur a pas épargné presque un demi-siècle d’une dictature d’extrême droite (sous prétexte que le contient est dirigé par une dictature d’extreme gauche). Le Jour de la Constitution (行憲紀念日) à Taïwan est toujours célébré chaque 25 décembre, mais ce n’est plus qu’un anniversaire national, largement éclipsé par une fête de Noël sans dimension religieuse, sauf pour la modeste minorité chrétienne.
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 24 décembre 2024
25 octobre : Taïwan face à son histoire
Taïwan célèbre la fin de 50 ans d’occupation japonaise (1895-1945). Officiellement, c’est le « Jour de la rétrocession », mais ce terme fait polémique, les indépendantistes refusant de fêter un rattachement à la Chine. Du coup, le Retrocession Day est devenu un jour de manifestations anti Pékin, exacerbé par le soulèvement de Hong-Kong.
Taïwan célèbre la fin d’un demi siècle d’occupation japonaise (1895-1945), il y a 75 ans jour pour jour. Officiellement, c’est le « Jour de la rétrocession » (臺灣光復節), mais ce terme fait polémique, les indépendantistes refusant de fêter un rattachement à la Chine. Du coup, le Retrocession Day est devenu un jour de manifestations anti Pékin, exacerbé par le soulèvement de Hong-Kong.
La position officielle de la Chine demeure que Taïwan et les îles Pescadores ont été rétrocédés à la future République populaire de Chine en accord avec les actes de reddition de 1945. Concernant Taiwan, c’est le commandant en chef des forces japonaises sur l’île qui signa les documents de reddition à la mairie de Taipei le 25 octobre 1945. Aujourd’hui, les indépendantistes, en particulier le Parti progressiste démocratique, soutiennent qu’il s'agissait en réalité d'une occupation militaire provisoire et non d'un transfert de souveraineté des territoires de Taiwan à la Chine continentale. Le 25 octobre n’a pas lieu alors de porter le nom de Retrocession Day. D’ailleurs, ce jour n’est même pas férié.
Le malaise est aggravé par un autre anniversaire, celui de l’expulsion de Taïwan du siège de de la Chine à l’ONU, quand celui-ci a été accordé à Pékin en 1971, un 25 octobre !
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde, 24 octobre 2020